Patrick

Le soir, après une milonga, je rechigne toujours à prendre un taxi ou un uber.

Par radinerie primaire tout d’abord. Puis pour ne pas m’habituer au luxe de se laisser véhiculer lors d’une soirée arrosée qui se serait un peu trop étirée. Sacré budget !Pour autant, pas peu fière de mes 5 étoiles décernés par tous les chauffeurs dont j’ai croisé la route, j’y ai toujours fait de très belles rencontres.Des gens intéressants, tous différents, qui avaient chacun leurs parcours, leurs raisons d’être VTC.Tous le faisaient en parallèle d’une autre activité. Tous, hormis un, trouvaient que ça payait plutôt bien.

Bizarrement, j’ai toujours eu au moins un point commun avec ces chauffeurs; que ce soit le prénom, les origines portugaises ou lointain kabyle, les références générationnelles, l’université de Saint-Denis…

Cette nuit j’ai rencontré Patrick.

ça sent bon dans la voiture de Patrick; sûrement à cause de la dame qu’il viens de déposer chez RMC à quelques mètres, dit-il.

Il y a des bonbons et des bouteilles d’eau que je peux emporter « même non ouverte », dit-il.

Patrick a au moins 6 ou 7 écrans sur son tableau de bord. « Vous en avez des écrans ! », il sourit.

Aimable, affable, il travaille à son compte dans l’informatique. Il avait commencé il y a 20 ans, suite à une reconversion professionnelle, chez Microsoft aux Ulis et IBM.

Patrick avait un client qui lui faisait 60% de son chiffre d’affaire, mais celui-ci ayant fermé la porte, il s’était mis au VTC pour trouver d’autres solutions et pour bien faire quelque chose.

Depuis, il dormait le matin, faisait VTC la nuit, de l’informatique l’après-midi, et il le vivait plutôt bien.

Cela prend du temps de se faire un réseau, de prospecter, et c’est un vrai métier. Mais Patrick ne se plains pas.

La nuit, il rencontre parfois des gens bourrés mais toujours drôles qui ont la gentillesse de vomir à l’extérieur de la voiture. Alors Patrick ne se plains pas.

Il est toujours souriant Patrick.

Il me rappelle qu’on a plusieures vies dans une vie.

Il me fait un peu penser à tous ces gens, ces artisans à leurs compte qui peuvent faire un peu tout, et qui racontent leurs anecdotes avec simplicité et bonhomie. Tous ces gens d’une autre époque qu’on écoute avec sourire et tendresse.

Ce soir c’était Patrick… une autre nuit ça aurait pu être mon père.

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