Toulouse

Est-il possible de visiter une ville autrement qu’en flânant sans buts dans les allées et les ruelles, une glace à la main, par une chaude soirée ensoleillée ? C’est comme ça que je découvris Toulouse.

Dans le tram en direction du centre-ville, je regardais avec curiosité la ville à travers la fenêtre qui m’était donnée à chacun des arrêts, et je ne vis que ce que l’on voit trop souvent dans les grandes agglomérations de province : cette ville ne ressemblait qu’à une simple banlieue parisienne. Et quelle déception de ne voir que des bâtiments sans âmes ; je me dis alors tristement que la France paraît bien fade en dehors de Paris…

J’avais décidé de sortir du wagon qu’une fois avoir trouvé un endroit sympa dans lequel je pourrais profiter de la ville, je m’arrêtai donc au Palais de Justice… au terminus. Un moindre mal, c’était le premier endroit qui ressemblait de loin à un quartier historique. Je me dirigeais vers le centre-ville et découvrit peu à peu sa véritable nature, les trésors discrets que la cité avait à offrir. Un dégradé du laid au beau évoluait au fur et à mesure de mes pas.

La ville rose n’usurpe pas son nom, et l’on comprend aux premiers regards pourquoi ce si joli surnom a été donné à Toulouse. Le centre de Toulouse, c’est un peu comme le 16ème à Paris mais en rose. Tout y est très classieux, et en même temps étiré. Il regorge d’allées et de ronds-points, d’églises et de jardins, et on y trouve des îlots clairsemés de bar à vins à plusieurs recoins. Il s’en dégage une beauté chic à peine prétentieuse, simple et discrète, assez classe et plutôt rare. Toulouse prend soin d’elle, et les Toulousains prennent soin de Toulouse. Rien n’y est grossier ou vulgaire. Ce raffinement se retrouve jusque dans la restauration locale ; dans mon périple, je n’ai dû croiser que deux ou trois fast-food.

Je ne sais pas si mon jugement est biaisé par le comportement pas glamour des filles du 93, ou par l’attitude parfois hautaine des Parisiennes d’adoption, spectacle dont je suis l’humble témoin chaque jour dans la ville de mon cœur, mais les Toulousaines sont à l’image de leur ville. Parmi les vilaines se dévoilent peu à peu des filles dont on peut simplement dire qu’elles sont belles, sans fioritures… naturelles. Elles auront toutes eu le mérite de me faire relativiser la perte tragique de la plus fille du monde. Et je n’oublierais pas le regard malicieux de cette jeune cycliste devant laquelle je m’inclinais pour la laisser passer royalement au passage piéton.

En marchant, j’ai longtemps réfléchis à quoi pouvait me faire penser Toulouse. Et je n’ai rien trouvé. Ou bien si peut-être. Avec ses grandes artères, sa longue avenue, ses jets d’eaux, Toulouse me fait parfois penser à Barcelone… la mer en moins. L’influence Espagnole y est omniprésente. Aussi bien dans l’architecture, que dans le nom des rues, ou au parfum salin qui émane de l’air chaud (à moins que cette odeur ne viennent de l’eau salée de ma sueur, j’ai beaucoup marché, mes pieds s’en souviennent)

Malgré tout, je n’aurais jamais connu un tel sentiment d’insécurité par endroits ailleurs qu’à Toulouse. D’une part parce que, comme dans toutes les grandes agglomérations de province, en dehors du centre-ville, il n’y a pas un chat. D’autre part à cause d’une rencontre improbable, entre une dame faisant la manche et son acolyte me tournant autour jusqu’à ce qu’il s’échappe à mon regard derrière mon dos. Sans conséquences, heureusement pour votre serviteur. Peut-être que l’expérience aidant, j’ai toujours su inconsciemment où et comment éviter ce genre de rencontres à Paris…

De Toulouse je n’aurais eu qu’un seul regret… ne pas l’avoir vécu à deux. Ce texte est mon partage.

Bière et Champagne

Là où les gens préfèrent la bière, moi, j’aime le champagne ! J’aime les bulles qui remontent doucement le long du verre. J’aime tenir une coupe de façon classe et distingué. J’aime le goût du brut un peu amer. J’aime la saveur du doré.

J’aime les souvenirs qui reviennent avec les bulles. Le souvenir des primes que l’on a parfois, mais pas de celles qui font plaisir. Le souvenir des belles choses que l’on a déjà, et que l’on a mis du temps à obtenir. Le souvenir des moments que l’on a vécu une fois, et qui donnent un grand sourire. Le souvenir de ce que l’on n’aura probablement pas, et c’est sûrement ça le pire.

Certaines nuits je m’invente Mirabeau, je joue avec les mots. Le Volner me change en Baudelaire sans les rimes ni les alexandrins, mais encore avec le spleen et avec tout son chagrin. Cela ne mène à rien, c’est certain, mais c’est toujours sympa à lire et, après tout, faut bien…

Je pense alors à toi. J’aimerais te rencontrer toi. Partager les plus simples des plaisirs aux plus enflammés des débats. Se projeter à deux ou à trois, et savoir que je pourrais compter sur toi. Pouvoir écrire des textes qui riment un peu des fois, et dont le sujet, demain, sera toi. Imaginer qu’un beau jour ma princesse fera de moi son roi, et t’avoir près de moi quand l’heure de la mort arrivera.

Je pense aussi à toi. J’aimerais te découvrir toi. Te voir serrer mon doigt et, qu’à travers tes cris, je sois rempli de joie. Avoir la gorge nouée quand, pour la première fois, je t’aurais pris dans mes bras. Immortaliser à la caméra tes tout premiers pas, et avoir les yeux mouillés quand tu prononceras tes premiers blablas…

Quand, à ce moment-là, tu m’appelleras « Papa ».

Lise

Lise est bonne quand elle s’trémousse dans les rues de Lisbonne et tortille du cul à en faire rougir une nonne. A la mesure des beats, elle enchaîne les pas sans accrocs et crânement, se fait mousser des passants accro et à cran, et fais pleurer les cyclopes barbus aux cols qu’elle roule sans farine ni verre dans l’nez. Sans qu’elle ne s’avilisse, Lise, elle n’imagine pas sa vie lisse, et la croque mais sans les dents, c’est technique…

Encore une goutte, de Porto à Lisbonne, mais alors juste un doigt, pour la route; c’est que la recette est bonne.

Lettre à une amie

Ma chère amie,

Vous n’aviez pas cinq ans lorsque nous nous rencontrâmes pour la première fois. Vous aviez été choisie pour moi, je n’avais pas le choix… un mariage de raison dans un monde sans passion.

Sûr qu’à dix-huit ans les hommes préfèrent les sportives racées un brin sauvage, et vos formes de midinettes un peu pataudes ne correspondaient pas exactement au profil dont j’avais rêvé… mais je percevais déjà le potentiel de nos futures aventures, et c’est avec l’impatience du jeune lauréat que je me surprenais parfois à effleurer du bout des doigts votre jolie robe aux lignes pures.

Mais l’idylle naissante pris fin rapidement. Vous vous faisiez féline un peu pétasse, vous vous arrachâtes à moi hélas ! Et c’est la tête basse que, las, je dus me résoudre à vous oublier.

Ah ! Il serait malhonnête de dire qu’alors loin de moi je n’en ai pas profité comme une bête. Bien d’expériences ont traversé mon existence, et mon parcours loin de vous fût jalonnées tour à tour d’aventures plus ou moins courtes (et parfois très courtes, car disons-le sans détours, je poutre).

Avec cette beauté noire tout d’abord qui vous ressemblâtes beaucoup. Passer de chatte à blatte n’est pas si douloureux, et je garde des souvenirs heureux de mes premières fois avec cette jeune et belle amazone.

Après, soyons honnête ma mie… c’était une vraie mamie ! Elle avait un gros cul et ses accélérations en plein action étaient poussives. Et même si elle était petite, agréable à manipuler et pas bien farouche, il fallait vraiment la traîner. Je changeai donc pour une française plus agressive (elles le sont toujours, à l’aise… et subversives !).

Elle était belle, trop belle sans doute… et réactive. « Tu vas faire quoi avec elle ? Elle va trop vite ! C’est une petite bombe !» me disait-on souvent. Mais qu’importent les gens qui lui tournaient autour à lui faire la cour, je la bichonnais tous les jours.

Ah bien sûr, j’avoue sans honte ne pas toujours avoir été très fidèle… j’ai eu le plaisir sans remords de toucher pêle-mêle à des italiennes, des japonaises, des allemandes… Mais je revenais toujours vers la mienne, celle un peu niaise, aux yeux en forme d’amande.

Après bien des années, nous nous retrouvâmes alors que, la mort dans l’âme, je dus me résoudre à me séparer de mon ancienne belle qui, par faute d’attention dont je suis entièrement coupable, dépérissais dans un coin.

Depuis, la suite, les souvenirs que l’on a ensemble, vous les connaissez. Les départs à l’arrache à cinq heure du matin quand tout était éteint, les chargements à l’excès, les chemins boueux et bosselés, les road trip à Tours, Loches, Amboise, Le Blanc, Lille, Liège et au-delà…. Les filles avec qui j’ai partagé votre intérieur. Les frayeurs aussi que vous m’avez données parfois quand vous refusiez de démarrer, ou quand vous aviez une fuite (à votre âge ! tout de même !) Pour sûr, durant toutes ces années, je ne vous ai pas ménagés.

Aujourd’hui vous avez 18 ans, et je profite de notre dernier voyage pour vous dire ces mots, ces trois mots simples et sincères : je vous aime.

à ma fidèle auto… ma Twingo.

Ouvre la porte

J’t’ouvre la porte, tu m’souris, j’suis conquis, et le reste en cet instant, vraiment, peu m’importe.

Une bise, un verre… entre nous tout est clair. D’un coup tu m’fixes, c’est sévère… j’ai l’cœur à terre. Mais comment résister à tes grands yeux clairs ? L’air hagard, je n’soutiens pas du r’gard, et ferme les yeux… comme un bâtard ! C’est alors que les sens se font plus vivaces. Plus que tu n’le penses, je n’suis qu’une limace.

Lentement, tu t’approches. Rapidement, les effluves magiques et odorantes émanant de ta tête, ton cou, ton buste, tes bras… ton corps entier m’entraînent dans un profond rêve éveillé. Et c’est à moitié sonné qu’un frisson m’parcours la peau, et que j’ t’emmène vers un espace clos. Là on dîne, histoire d’avoir un peu d’repos. Pour moi en tout cas, ce n’sera pas de trop.

Une fois finis tu te fais ludique, tu n’en es que plus divine. J’attache alors tes mains à la mezzanine, et tes cuisses sur mes hanches me boudinent. J’prends ta bouche, comme j’te touche. J’vais vers le cou, ça marche à tous les coups. J’descends vers l’épaule, comme si j’buvais d’la gnôle, et ça m’rend complètement saoul… mais bordel, hé, j’suis où ?! J’m’attaque à la poitrine, coquine, elle a l’goût d’mandarine. Mais j’vais m’arrêter là, ça n’regarde que toi et moi. Et quand finiront nos ébats, j’garderais l’souvenir de toi, nue, allongée sur mon lit avec pour seule lumière que celle de la nuit.

Avant d’partir, j’te rhabille, remets ton manteau, ton enveloppe, ton hermine que j’estime, estime qui va haut, tout là-haut vers des cimes à m’en faire courber l’échine. J’te prends dans mes bras une dernière fois. Un dernier bisou, c’est vraiment très doux. Et j’commence à m’sentir mal, putain j’deviens complètement pâle.

Jolie brindille douce et câline, espiègle et taquine, c’est pour moi comme une mort fine quand j’te laisse et que tu m’délaisses dans cette chaude nuit d’été. Car quand vient le moment de te quitter, toi la jolie poupée, j’aimerais te garder dans la caisse, que tu sois ma princesse, mais c’est avec un grand sourire que tu t’enfuis. J’tiens à toi moi, et puis ? De toute façon c’est du tout cuit, j’suis carrément maudit…

T’ouvres la porte, tu m’souris, j’suis détruit, et savoir quand tu reviendras en cet instant, vraiment, c’est tout ce qui m’importe.

Alors maintenant… on fait quoi ? On s’revoit finalement ou… pas ?

Ombres ordinaires

On est en mai. On est en mai mais il pleut. Il pleut d’une petite pluie fine qui vous mouille sans vous tremper. Dans les lumières de la ville c’est une ombre qui s’égare et échappe aux regards.

Il fait son job, son taff, il déambule dans les couloirs l’air un peu hagard. Réciter son speech, tendre la main, prendre son panier et s’en aller, encore et encore, depuis au moins dix ans… Il a arrêté de compter il y a longtemps.

On lui avait dit que la société ne le laisserais pas tomber, mais même le gars de la CGT l’a oublié. Il cherche les sourires. Il aimerait parler, s’adresser aux gens qui « comptent » encore. Le regard fuyant, ils l’ignorent, ils ne veulent pas subir le même sort. Ils ne veulent pas voir ce qui les attendra peut-être un jour avant la mort : le placard, un placard en carton, près des aérations, pour seul confort.

Il a bu un wisky bon marché, peut-être deux ou peut-être trois, il ne cherche pas à savoir. On n’a pas voulu lui donner plus à boire. Alors il carbure au rouge, le litron de rouge des collègues qui pique un peu. Il y a beaucoup de nouveaux et le secteur continue de recruter. On ne fête pas les arrivées, et il n’y aura jamais de beaux départs.

Il sait que ce soir, ils dormiront dans une gare.

Bad beat

Perdu dans ses pensées, mâchoire et poings serrés, le regard fixe, regardant au loin un point tout proche, il n’arrivait pas à se détacher de cette question, la seule, l’unique : comment gagner la partie ? Quel coup jouer ?

Avoir le bon timing, marcher sur un fil, funambule improvisé des aléas de la vie. « J’ai toujours un coup d’avance » disait-il sûr de lui, « parce que je ne veux pas être surpris. » Être pris de court, paraître faible, ne plus dominer le jeu, la partie, l’impuissance, la dépendance, voilà ce qu’il haïssait le plus. Déjà pourtant il avait connu cet état de manque intérieur, et il se haïssait comme cela. La dépendance c’est pour les faibles; tu es un faible. « Relève la tête ! Regard droit ! Dos relevé ! » s’ordonna-t-il. Mais l’ami schizo ne parle pas assez fort à côté du démunis qui hurle sa peine. Dès lors, inlassablement, toujours les mêmes questions : comment gagner ? comment gagner ? quel coup jouer ?

Cette question l’obsède. Les yeux révulsés, sec et rougis, le regard noir, cette question l’obsède.

Et il hait cet adversaire imprenable, qui paraît prendre les coups fins comme les plus directs sans broncher, sans sourciller. Es-ce de l’indifférence ou du mépris ? Du dédain peut-être mais sûrement pas du respect. Assurément à ce jeu-là, le nerf de la guerre est de savoir garder son sang-froid. Le duel psychologique est intense et l’adversaire efficace. Toujours des doutes. Et si c’était vraiment de l’indifférence ? Ne serait-il pas en train de jouer à un jeux dont il serait le seul participant ?

Cette question l’obsède encore. Le corps mou, le visage triste, gris et pathétique, cette question l’obsède encore plus.

Mais ce n’est plus de la haine qu’il ressent à présent mais de la détresse. Il voudrait demander de l’aide, pleurer, se lamenter sur sa peine, la crier, l’hurler, la vomir sur le monde. Il voudrait croire au destin, se tourner vers la chance, Dieux, le Diable ou Bob, peu importe tant qu’il peut-être d’un quelconque secours.

Perdu dans ses pensées, le regard vague, au milieu de l’assistance, mélancolique, il observe tour à tour les gens autour de lui. Chacun d’eux lui sourit, sauf lui. Les temps changent, il faut savoir tourner la page. Double paire, carré d’as… j’ai perdu.