Plusieurs jours après, ils se retrouvèrent par hasard en milonga.
Il essayait de faire bonne figure, de rester digne, mais souffrait encore moralement des stigmates et des plaies, ressentit par lui comme un abandon, vécu par cycles comme une malédiction, d’une fin aussi rapide que soudaine.
Il était amoureux, elle l’aimait bien… l’addition d’un mot qui sonne en général le glas d’une relation bancale.
Il se souvenait de leur première rencontre ; de cette jolie brune solaire à l’œil vif et espiègle qu’il avait osé inviter un soir de mai. Autrefois enthousiaste et volontaire, c’est son regard qu’elle fuit désormais, mais n’ose finalement pas refuser l’invitation.
Le cœur qui bat, le souffle court, il s’approche… lentement, doucement… il tremble. De sa bulle, il perçoit peu à peu la musique : Fresedo, Buscándote, sa chanson préférée.
Il dansait avec toute la douceur, la tendresse et l’affection qu’il pouvait éprouver pour elle. Et quand ce fût finit, il la pris dans ses bras, la serra fort, très fort, si fort qu’il savait que c’était la dernière fois, qu’il la voyait pour la dernière fois.
Et c’est avec une profonde tristesse, une émotion palpable, et un grand désarroi, qu’il lui chuchota : « J’suis pas mauvais dans l’fond tu sais… j’suis pas mauvais dans l’fond…»
Il aurait voulu que la cortina dure des heures, des jours, des mois, une éternité… mais au bout d’un moment, et avec des mots qui résonnèrent tel un tourment, tel un couperet, elle lui dit : « Au revoir λουλουκο, à bientôt peut-être… »
Il n’a rien dit. Il n’a pas bougé. Il l’a juste vu s’éloigner. Il l’a juste vu s’en aller.
Il ne la reverra jamais plus. Elle ne lui répondra jamais plus.
La valse était tout simplement terminée.