Il fixe l’horloge. Les secondes s’égrènent dans une lenteur molle. Il en marre de faire le mariole, de devoir distraire une folle. Il l’écoute avec une attention aliénante. Dès les premiers moments, dès les premiers instants, il sut que ce ne serait pas elle ; elle n’est pas marrante… ni charmante… ni intéressante. Avec pour seul ami la bouteille de vin, qu’il fit changer quand elle s’est plaint, levant une énième fois les yeux au ciel, il trouve en cette compagnie un oasis, et espère que jamais plus jamais il ne reverra Isis.
Au milieu d’un champ, duquel on aurait suspendu le temps, couché sur un léger voile, ils regardent les étoiles. Il l’aime, c’est une évidence. Plusieurs fois dans un échange entrecoupé de silences il avait tenté et retenté sa chance. Mais il se remémore encore ce qu’elle lui avait dit, et ces mots étaient repris comme un écho par l’ami schizo qui était en lui : mais mon pauvre vieux, il n’y aura jamais rien entre nous deux, il n’y a pas de magie…. tu m’ennuie… tu m’ennuie.
Après deux premiers rendez-vous annulés, il finit par la recevoir chez lui. Il est patient, et tout à fait charmant. On lui avait appris il y a longtemps à être galant avec les gens. Pendant de longues minutes, minutes qui devinrent au fur et à mesure des heures, il l’écoute puis l’entend conter ses problèmes avec une empathie rare. Mais fatigué d’être celui qu’on appelle quand on est déprimé, il finit par s’ennuyer, s’agacer de cette présence non désirée, et guette le moment où il pourra, enfin, la quitter.
Elle a les deux yeux mutins séparés par un petit nez fin, des lèvres que l’on devine douces et sucrées, l’œil facétieux et l’air curieux. Il ne voit qu’elle depuis qu’elle est entrée et, à l’autre bout de la table, il a du mal à la regarder dans les yeux. Il en est probablement déjà amoureux.
Cela faisait plusieurs semaines qu’il avait essayé de l’aborder ; sans succès. Il lui avait bien proposé quelques verres, d’aller faire un tour à la mer, mais elle avait tout poliment refusé. Elle avait éconduit toutes ses avances, balayée toute idée de romance. Loin de se laisser démonter, il avait insisté. Mais dans ce petit resto de La Chapelle, en face des frites et des tranches d’agneau, il a la désagréable sensation d’être en trop. Ils n’ont rien à dire, ils n’ont rien à se dire, et elle attend voir filer le temps d’un ennui désespérément désarmant.
Sur le rebord des quais dans le 5ème, il regarde avec ennui la Seine gigoter sans un bruit. Et c’est vers 4h du matin qu’il rentre chez lui, traversant en pleine nuit les rues froides de Paris vers La Plaine Saint-Denis. Il n’a qu’une seule envie : écrire. Ecrire celles qui l’inspirent. Elles sont comme une flamme; changeantes, fascinantes, ennuyantes aussi parfois, chaleureuses, brûlantes, insaisissables…
Insaisissables.