Ma chère amie,
Vous n’aviez pas cinq ans lorsque nous nous rencontrâmes pour la première fois. Vous aviez été choisie pour moi, je n’avais pas le choix… un mariage de raison dans un monde sans passion.
Sûr qu’à dix-huit ans les hommes préfèrent les sportives racées un brin sauvage, et vos formes de midinettes un peu pataudes ne correspondaient pas exactement au profil dont j’avais rêvé… mais je percevais déjà le potentiel de nos futures aventures, et c’est avec l’impatience du jeune lauréat que je me surprenais parfois à effleurer du bout des doigts votre jolie robe aux lignes pures.
Mais l’idylle naissante pris fin rapidement. Vous vous faisiez féline un peu pétasse, vous vous arrachâtes à moi hélas ! Et c’est la tête basse que, las, je dus me résoudre à vous oublier.
Ah ! Il serait malhonnête de dire qu’alors loin de moi je n’en ai pas profité comme une bête. Bien d’expériences ont traversé mon existence, et mon parcours loin de vous fût jalonnées tour à tour d’aventures plus ou moins courtes (et parfois très courtes, car disons-le sans détours, je poutre).
Avec cette beauté noire tout d’abord qui vous ressemblâtes beaucoup. Passer de chatte à blatte n’est pas si douloureux, et je garde des souvenirs heureux de mes premières fois avec cette jeune et belle amazone.
Après, soyons honnête ma mie… c’était une vraie mamie ! Elle avait un gros cul et ses accélérations en plein action étaient poussives. Et même si elle était petite, agréable à manipuler et pas bien farouche, il fallait vraiment la traîner. Je changeai donc pour une française plus agressive (elles le sont toujours, à l’aise… et subversives !).
Elle était belle, trop belle sans doute… et réactive. « Tu vas faire quoi avec elle ? Elle va trop vite ! C’est une petite bombe !» me disait-on souvent. Mais qu’importent les gens qui lui tournaient autour à lui faire la cour, je la bichonnais tous les jours.
Ah bien sûr, j’avoue sans honte ne pas toujours avoir été très fidèle… j’ai eu le plaisir sans remords de toucher pêle-mêle à des italiennes, des japonaises, des allemandes… Mais je revenais toujours vers la mienne, celle un peu niaise, aux yeux en forme d’amande.
Après bien des années, nous nous retrouvâmes alors que, la mort dans l’âme, je dus me résoudre à me séparer de mon ancienne belle qui, par faute d’attention dont je suis entièrement coupable, dépérissais dans un coin.
Depuis, la suite, les souvenirs que l’on a ensemble, vous les connaissez. Les départs à l’arrache à cinq heure du matin quand tout était éteint, les chargements à l’excès, les chemins boueux et bosselés, les road trip à Tours, Loches, Amboise, Le Blanc, Lille, Liège et au-delà…. Les filles avec qui j’ai partagé votre intérieur. Les frayeurs aussi que vous m’avez données parfois quand vous refusiez de démarrer, ou quand vous aviez une fuite (à votre âge ! tout de même !) Pour sûr, durant toutes ces années, je ne vous ai pas ménagés.
Aujourd’hui vous avez 18 ans, et je profite de notre dernier voyage pour vous dire ces mots, ces trois mots simples et sincères : je vous aime.
à ma fidèle auto… ma Twingo.