On est en mai. On est en mai mais il pleut. Il pleut d’une petite pluie fine qui vous mouille sans vous tremper. Dans les lumières de la ville c’est une ombre qui s’égare et échappe aux regards.
Il fait son job, son taff, il déambule dans les couloirs l’air un peu hagard. Réciter son speech, tendre la main, prendre son panier et s’en aller, encore et encore, depuis au moins dix ans… Il a arrêté de compter il y a longtemps.
On lui avait dit que la société ne le laisserais pas tomber, mais même le gars de la CGT l’a oublié. Il cherche les sourires. Il aimerait parler, s’adresser aux gens qui « comptent » encore. Le regard fuyant, ils l’ignorent, ils ne veulent pas subir le même sort. Ils ne veulent pas voir ce qui les attendra peut-être un jour avant la mort : le placard, un placard en carton, près des aérations, pour seul confort.
Il a bu un wisky bon marché, peut-être deux ou peut-être trois, il ne cherche pas à savoir. On n’a pas voulu lui donner plus à boire. Alors il carbure au rouge, le litron de rouge des collègues qui pique un peu. Il y a beaucoup de nouveaux et le secteur continue de recruter. On ne fête pas les arrivées, et il n’y aura jamais de beaux départs.
Il sait que ce soir, ils dormiront dans une gare.